Viande de Martin Harniček
Quatrième de couverture : Il n’y a plus ni animaux, ni végétaux, et la seule nourriture disponible est la viande humaine. Ce qu’il reste de vie s’organise autour des halles, une immense boucherie sur laquelle une caste de policiers exerce son autorité impitoyable, punissant le moindre faux pas d’abattage immédiat : il faut bien approvisionner la ville en viande fraiche.
Habitant de ce monde cauchemardesque, le narrateur de Viande est un monstre ordinaire. Affamé perpétuel, obsédé par la viande, il comprend que le meilleur moyen d’en obtenir est de collaborer avec la police et de devenir un délateur professionnel.
Note : J’ai volontairement coupé des bouts du résumé pour ne pas en dire trop sur l’intrigue. Je ne l’avais pas lu avant d’attaquer le livre et ne rien savoir renforce l’expérience de lecture selon moi. Bien entendu, si vous lisez l’avis qui suit, c’est à vos risques et périls.
Avis : Viande date de 1981. Avant la chute du mur donc. Son propos ne sera pas du goût de tout le monde. Le phrasé est âpre, le ton sans concession. Le personnage principal n’a qu’une obsession : manger de la viande. Et cette viande est en l’occurrence humaine. De toute façon, il n’y a rien d’autre à manger dans cette ville en ruine. C’est au sens propre : manger ou être mangé, mais il y a des règles à respecter. Au moindre manquement, c’est l’abattage, direction l’étal des bouchers des halles. Le quotidien est un cycle sans fin : boire, manger, déféquer, dormir. Il y a peu de place laissée à la réflexion, la survie est tout ce qui compte.
Pour dire à quel point ce livre perturbe les repères – les miens en tout cas, c’est qu’en cours de lecture, j’ai commencé à me dire que si tous ces gens mal nourris et en mauvaise santé servent de nourriture aux autres, ça ne doit pas être de la viande de très bonne qualité. Est-ce qu’il n’y aurait pas alors intérêt à mieux les nourrir vu que de toute façon l’abattage survient de manière systématique au moindre faux pas et de manière souvent arbitraire et qu’il n’y aura a priori pas de pénurie dans l’immédiat ? (Vous voyez la métaphore ?)
Le rythme des journées devient tellement entêtant que pendant longtemps, je n’ai pas tout à fait saisi où voulait en venir l’auteur. Son personnage, qui n’a pas de prénom et ce n’est pas un hasard, n’a que rarement des soubresauts de pensée, à part pour trouver un moyen de se procurer de la viande ou des bons de rationnement. Cet univers soulève beaucoup de questions : comment, où, pourquoi, qui ? Les indices sont minimes et chacun est accueilli comme un infime espoir de voir la routine dérailler et le personnage principal s’échapper de l’enfer.
Et la routine finit par dérailler. Sans prévenir. Surtout si vous n’avez pas lu la quatrième de couverture. Reste à savoir si ça suffira à vous redonner espoir en l’humanité. Ou pas.
Pourquoi lire Viande ? Déjà, n’y allez pas si vous n’avez pas l’estomac bien accroché. Après quelques pages, la nausée passe un peu et on ne pense plus qu’en termes de survie. Le texte pousse les curseurs très loin et ce n’est pas un livre agréable à lire, mais il dit tellement de choses en si peu de pages que je n’ai pas fini d’en faire la publicité autour de moi. On est à cheval entre une illustration des pires dérives de l’humanité à travers le temps (camps de concentration, état autoritaire, collaboration, Holodomor, délation, aliénation, violence, abrutissement, déshumanisation…) et une dénonciation étonnante car très actuelle de l’individualisme, du consumérisme et du carnivorisme irréfléchis. La bouffée d’air du livre vient souligner que oui, on peut vivre autrement les uns avec les autres et avoir d’autres valeurs qui permettent une vie en société plus sereine. Par contraste, elle vient aussi montrer que pour certains, défendre leur mode de vie bec et ongles sans se questionner une seule seconde sur l’impact qu’il peut avoir peut mener à la pire des violences. Pour eux, l’autre ne peut exister.
Préambule
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un certain nombre de posts sont actuellement hors ligne. Ce blog a plus de 20 ans maintenant et, au fil du temps, des liens se sont cassés, des images hébergées ailleurs ont disparu, le grand Internet a bougé, ma vie aussi, et en plus, je suis devenue correctrice entretemps. C'est dire si, aujourd'hui, ce blog a besoin d'un grand nettoyage de printemps.
Même si je ne poste plus autant qu'avant, c'est un lieu précieux pour moi.
En septembre 2024, j'ai refait la déco. Viendra ensuite la mise à jour du contenu. Un travail long et fastidieux puisque j'ai accumulé près de 2800 posts. Je donnerai la priorité aux avis, puis le reste suivra petit à petit.
Bonne visite !
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